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Monsieur c'est pas grave

 

Il était une fois : Monsieur c'est pas grave

 

Monsieur c’est pas grave.

 

 

Quelque part sur la terre, se trouvait, aux temps jadis, un royaume magnifique.

D’un côté, la mer, de l’autre, les plus hautes des montagnes. Parmi ces montagnes se trouvaient de vieux volcans, dont un très gros qui s'appelait le Terrible, il dormait depuis au moins 3000 ans.

Entre la mer et les montagnes, se trouve une immense plaine avec des fleuves magnifiques regorgeant de poissons.

Au milieu de ce royaume se trouve « Forte et Belle », la capitale, où vivent presque la moitié des habitants du royaume. Au centre de la ville se dresse, le château du roi, le plus beau que personne n’ait jamais vu.

« On dit que son éclat est tel qu’il éclaire toute la ville. »

Le roi est un bon roi. Il veille sur chaque habitant du royaume.

Il aime que ses sujets soient sérieux et qu’ils fassent bien leur travail. C’est pour cela que chaque année, à la fin de l’automne, il rassemble tout le monde, afin de savoir ce qu’ils avaient fait et comment l’année s’était passée. Il donnait des solutions à ceux qui avaient des problèmes ; et il récompensait les meilleurs de chaque métier : celui qui avait fait la plus belle maison, le meilleur docteur, le meilleur cultivateur, le meilleur fromager, ainsi de suite pour tous les métiers… Il leur offrait de venir manger à sa table des mets délicieux, chaque jour, pendant 1 an.

Dans un des quartiers les plus au nord de « Forte et belle » vit Monsieur

‘ « Ah ! C’est pas grave ! ». Il a à peu près 30 ans. En fait, il ne s’en rappelle plus, mais pour lui, c’est pas grave. Sa maison est toute sale, mais c’est pas grave. Il ne fait jamais la vaisselle, il dit que ça ne sert à rien puisqu’il va la resalir. Toutes les tuiles de son toit sont cassées, mais il pense que c’est pas grave car il ne pleut pas souvent ici, et quand ça arrive, il n’a qu’à dormir sous l’escalier, comme ça il n’est pas mouillé. Il n’a pas d’amis, ce qui est normal puisqu’il pense que ce n’est pas grave de ne pas se laver. « De toute façon, dit-il, je vais me resalir. ». Même chose quand il faut dire bonjour ou merci, il ne le fait pas, et il trouve que c’est pas grave. Du coup, tout le monde l'évite tellement il sent mauvais.

Quand vient l’automne, il ne va plus avec tout le monde voir le roi : il dit que ça sert à rien. Il pense qu’il est meilleur en tout et que le roi n'est pas si bon. En lui-même, il se dit : « Moi, je devrais être invité à la table du roi tous les jours de ma vie, tellement je suis intelligent et malin. Mais bon, c’est pas grave. »

 

Une nuit, alors que tout était calme, la terre trembla. Certes, un tout petit peu, mais tout le monde fut réveillé. Le lendemain, le roi rassembla des experts qui partirent, et qui revinrent. La conclusion fut que le volcan le Terrible était en train de se réveiller. Une petite fumée sortait du sommet.

 

Monsieur C’est pas grave, pensa : «Une petite fumée, oh, c’est pas grave, je retourne me coucher, ont verra ça demain».

 

Le lendemain le Roi donna les ordres suivants : consolidez vos maisons, préparez un sac avec des couvertures, une tente, des habits et de la nourriture pour être toujours prêt à partir.

 

Monsieur ‘Cest pas grave’ ne fait rien de tout cela. Il se dit : « Qu’ils sont bêtes d’avoir peur pour une petite fumée. C’est pas grave. Ils se fatiguent tous pour rien. Le volcan va se rendormir. ». Et il partit à la pêche.

Il ne prit pas de vers : « c’est trop dur à chercher », disait-il. « C’est pas grave, les poissons seront attirés par le brillant de l’hameçon. Et il se mit à siffler sur le chemin, fier d’être l’homme qui avait découvert que pour pêcher, le brillant de l’hameçon suffit.

Bien sûr, il rentra bredouille. « C’est pas grave, c’est à cause des nuages que ça n’a pas marché. Ils ont empêché l’hameçon de briller au soleil ». Puis il se mit à pleuvoir. Cette nuit-là, Monsieur ‘C’est pas grave’ dormit sous l’escalier : il n’avait toujours pas réparé son toit. « C’est pas grave », se disait-il chaque jour. Soudain, un grondement, la terre trembla … et patatrac, toute la maison s’écroula ! Les voisins vinrent pour constater les dégâts. L’un d’eux dit que le bois était pourri à force d’être mouillé. Il aurait fallu réparer le toit il y a longtemps.

Notre ami Monsieur ‘C’est pas grave’ est triste, mais en se retournant, il voit que l’escalier est toujours debout. « Ah, c’est pas grave. Je vais vivre sous mon escalier. »

A peine avait-il fini de prononcer ces mots que des messagers du roi se mirent à proclamer partout : « Le volcan s’est réveillé. Une coulée de lave se dirige sur la ville. Prenez votre sac et partez tout de suite. On part vers la mer. »

« Quelle agitation ! », se dit Monsieur C’est pas grave. « Ils sont fous ou quoi. On est à 50 lieux du volcan. La lave va mettre des jours pour arriver. » Et il retourna se coucher sous l’escalier. Bientôt, plus un bruit. Tout le monde était parti. Monsieur C’est pas grave en fut très content. « Quel silence ! Je vais pouvoir dormir tranquille. Je me lèverai demain, bien reposé, pour partir. La lave, ça ne va pas si vite ». Puis il dormit à poings fermés, pensant qu’il était le plus malin et le plus fort.

Alors qu’il était dans le plus beau des rêves, un craquement le fit sursauter ; et en ouvrant les yeux … horreur, l’escalier s’écroula sur lui, le cognant à la tête. Quand il parvint à sortir de dessous les planches, il découvrit avec angoisse que toute la ville était en train de brûler et que la lave coulait partout dans les rues. La panique le prit et il s’agita, alors que des maisons enflammées commençaient déjà à s’écrouler.  Il se mit à vouloir faire son sac, mais le sac était impossible à trouver sous les décombres. « C’est pas grave », se dit-il. Il voulut prendre sa tente, mais elle était toute pourrie car elle était depuis des années sous une gouttière. Ses habits étaient broyés dans l’armoire sur laquelle une poutre était tombée.

Peu à peu, la fumée commence à le faire tousser ; il a la tête qui saigne. Il cherche la nourriture, mais elle brûle déjà au contact de la lave qui commence à approcher dangereusement. Pendant un court instant, il se dit enfin que la situation est grave. Mais aussitôt, il se dit : «mais non, C’est pas grave. Je suis intelligent et malin et je vais m’en sortir. »

 

Une troupe de cavaliers arriva. Ils étaient passés par une rue qui n’était pas encore envahie. L’un d’eux s’arrêta devant Monsieur C’est pas grave : « Nous sommes les soldats du roi envoyés pour voir si tout le monde a bien quitté la cité. Mais … tu es blessé. Viens, monte avec moi. Il ne reste qu’une issue, et la lave va bientôt la fermer. »

« Non, c’est pas grave c'est bon tout va bien.», répondit-il. « Il n’y a rien de grave. C’est pas grave. Je vais me débrouiller tout seul, je n'ai pas besoin de vous»

Le cavalier reprit avec insistance : «Mais, tu vas mourir ici. Tu ne cours pas assez vite et le passage se ferme !»

Mais Monsieur C’est pas grave ne voulut rien écouter. Alors le cavalier partit. Monsieur C’est pas grave resta seul. Il bomba le torse et dit : « C’est parti. Je vais courir jusqu’à la porte de la ville et je serai sauvé. » Et là, l’horreur fut devant ses yeux. La maison était déjà entourée par la lave et le lit sur lequel il était commençait à brûler.

A cet instant, il ouvrit les yeux et cria : « C’est grave ! C’est grave ! Je vais mourir ! Au secours ! Au secours ! Au secours ! Au secours ! Sauvez-moi ! » Personne ne vient l’aider. « Je vais brûler. » Alors qu’il pleurait, regrettant de n’avoir pas fait ce qu’il fallait, et reconnaissant qu'il n'était pas si intelligent il entendit un bruit de sabots. Il vit arriver un magnifique cavalier. Il cria de toutes ses forces : « Sauvez-moi, je suis en train de brûler. Au secours. » Le cavalier fonça vers lui, sauta par-dessus la lave et atterrit au milieu des décombres de la maison. C’était le roi qui avait fait le compte de ses sujets, et avait remarqué qu’il manquait Monsieur C’est pas grave. Il lui dit alors : « Qu’y a-t-il, Monsieur C’est pas grave ? »

Monsieur C’est pas grave oublia toute la rancœur qu’il avait envers le roi, et cria : « Sauvez-moi. Je vous demande pardon. Je n’ai pas fait ce que vous avez dit et je vais mourir brûlé. » Sur ces mots, le roi l’attrapa, le mit derrière lui, et grâce aux sauts formidables de sa monture, ils purent sortir et arrivèrent sains et saufs avec tout le monde dans le camp.

 

Monsieur C’est pas grave pleurait beaucoup : il demanda pardon au roi et aux autres pour ne pas s’être lavé, pour son impolitesse et pour tout le mal qu’il avait fait.

Le roi lui sourit. Il lui donna des vêtements et une tente, il lui donna l’ordre de se laver et de monter sa tente. Monsieur c’est pas grave se dépêcha de le faire. Il travailla dur et recommença même 3 fois, jusqu’à ce que la tente fut parfaitement montée.

 

 

Le soir alors que tout le monde était rassemblé pour le repas le Roi fit lever Monsieur c'est pas grave.

Et il s'écria : « Ecoutez moi tous. Désormais ont n’appellera plus cet homme Monsieur ‘C’est pas grave’, mais Monsieur ‘J’ai compris’. »

 

 

© FD SCHULZ 2006

 

 

 

 


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